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Isolement social : accroissement du risque de décès

07/01/2019

La solitude nuit gravement à la santé et ne cesse de gagner du terrain, elle est autant stigmatisé que l’obésité mais l’isolement social provoque davantage de décès. Effets de l'isolement émotionnel ou matériel ?  De la solitude ou de l’isolement relationnel ? La relation entre l'isolement social, le sentiment de solitude et le risque de mortalité est complexe. Le nombre de décès liés à l'isolement social accroît davantage.

Les effets méconnus de l'isolement des personnes

Le paradoxe est qu’Internet permet de raccourcir « virtuellement » les distances mais la solitude ne cesse de gagner du terrain… L’écrivain américain Jessica Olien s'appuie sur sa propre expérience et sur plusieurs études pour expliquer les conséquences inattendues de la solitude sur la santé. Autrefois sociable et optimiste elle était devenue selon ses propos : morose et limite paranoïaque. Elle savait qu’elle devait nouer des liens avec des gens pour se sentir mieux, mais physiquement, elle se sentait incapable d’affronter de nouvelles interactions creuses : « Je me réveillais en pleine nuit, prise de panique. L’après-midi, la solitude l’envahissait par vagues, comme une fièvre. Je n’avais pas la moindre idée de la manière de m’y prendre pour résoudre le problème ».

L'isolement est une souffrance psychologique, mais également physique. Le risque d'issues fatales des personnes isolées serait comparable à celui des fumeurs. L’isolement social réduit les défenses immunitaires et augmente les inflammations, ce qui peut déboucher sur de l’arthrite, du diabète et des maladies cardiaques. La solitude serait plus mortelle que l'obésité (étude publiée dans la revue médicale Plos Medicine). Il est difficile d’admettre que l’on se sent seul dans une société qui vous juge en fonction de l’étendue apparente de votre réseau social. La France est fortement concernée par l'isolement des personnes et  La Fondation de France révèle dans un rapport que 12% des Français sont en situation d'isolement. Une augmentation de la part de la population française en situation d’isolement relationnel soit une augmentation de 800.000 personnes en situation d’isolement en 2 ans. En France, 5 millions de personnes éprouveraient désormais de réelles difficultés à développer des relations sociales. La solitude reste une source de souffrance pour 75% des personnes seules.

Dans la société actuelle, il est difficile d’admettre le sentiment de solitude. C’est considéré comme étant quelque part de la honte. En termes d’interactions humaines, la meilleure mesure n’est pas le nombre de personnes que nous connaissons. Pour avoir une vie sociale satisfaisante, nous n’avons pas besoin de tous ces gens. Nous avons seulement besoin de certaines ou plusieurs personnes sur qui nous appuyer et qui peuvent en retour s’appuyer sur nous.

Accroissement de 26% du risque de décès des personnes âgées

L'étude de  l’Académie des Sciences américaine (PNAS) révèle en effet que les deux facteurs isolement social et sentiment de solitude s’associent pour entraîner un risque de décès accru. Une fois pris en compte les facteurs démographiques et de santé, la solitude elle-même n'est plus significativement associée au risque de décès (contrairement à l’isolement social). L’importance des facteurs autres que le sentiment de solitude peut influer sur la santé mentale comme l’absence d’aidant familial par exemple et sur le risque de décès chez les personnes âgées. Les chercheurs de l'University College de Londres ont travaillé sur les données de 6.500 hommes et femmes âgés de 52 ans ou plus pendant 7 ans. L'isolement social a été évalué en utilisant un indice d'isolement social, avec l'attribution d'un point pour chaque marqueur de l'isolement (comme le célibat ou le veuvage, l’absence de contact avec la famille, des amis, l’absence de participation à des activités sociales)…

La mortalité est ainsi plus élevée chez les participants les plus isolés socialement et plus solitaires. L'isolement social est significativement associé à la mortalité (après ajustement pour les autres facteurs démographiques et de santé). La solitude n'est pas significativement associée à la mortalité. L'association isolement social et mortalité reste inchangée après ajustement avec la solitude. Bien que l'isolement et le sentiment de solitude nuisent tous deux à la qualité de vie et au bien-être, les efforts doivent porter principalement sur la réduction de l'isolement social, dans l’objectif de réduire la mortalité.

Facteurs de prédiction de l’isolement social 

Une étude récente menée par l’American Cancer Society publiée dans l’American Journal of Epidemiology, l’isolement social est lié à un risque de décès plus élevé. Si les interventions sont efficaces car elles peuvent avoir une influence sur d’autres facteurs de risque, la lutte contre l’isolement social peut être prometteuse. L’isolement social est non seulement associé au tabagisme, à une inactivité physique, à l’hypertension mais également à d’autres risques pour la santé. Les associations d’isolement social avec toutes causes confondues de mortalité par cancer et de maladies cardio-vasculaires ont été évaluées par cette étude dirigée par le Pr Kassandra Alcaraz de l'American Cancer Society pour voir si le résultat était différent selon la race et le sexe. L'étude est basée sur les données de 580 182 adultes inscrits à l'étude de prévention du cancer-II en 1982/1983, suivis de la mortalité jusqu'en 2012. L’enquête a analysé plusieurs éléments standard de l'isolement social, à savoir l’état matrimonial, les activités de groupe ou réunions de club, la fréquence des services religieux, le nombre des membres de la famille ou des amis proches. 

Une échelle d’isolement a été fixée à 5 points. Le score de 0 représentait les personnes les moins isolées, le score de 1 serait les plus isolées. Une personne mariée, par exemple, qui assistait souvent à des services religieux, membre d’un club ou participait à des activités de groupe, qui avait au moins sept amis proches, avait comme indice d’isolement égal à 0. Dans l’ensemble, la race est un facteur de prédiction de l’isolement social plus fort comparé au sexe. Les hommes et femmes noirs se trouvaient dans la catégorie la plus isolée par rapport aux hommes et femmes blancs. L’isolement social est associé à la mortalité par maladie cardiaque dans tous les sous-groupes. L’association entre le score d'isolement social et la mortalité par cancer chez les hommes et les femmes noirs n’est pas prouvée bien qu'il y ait une association positive entre le score d'isolement social et la mortalité par cancer chez les hommes et les femmes blancs. 

Sources: Slate.fr / Fondation de France / Santelog.com / Sciendaily.com

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