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Les phases du deuil

11/08/2020

Toute personne ayant perdu un être cher doit passer par le travail de deuil. Ce processus est indispensable pour réapprendre à vivre en l’absence d’un défunt. Quelles sont les différentes étapes du deuil ? Quel est le secret pour les traverser avec sérénité ?

Ce qu’il faut savoir à propos du deuil

Le deuil est un processus universel, auquel aucun être humain n’échappe à un moment ou à un autre de sa vie. Il intervient après la perte d’un être (une personne ou un animal), d’un objet ou d’une idée qui tient à cœur. Les personnes confrontées à la mort d’un proche sont les plus exposées.

Le deuil se présente alors comme un cheminement émotionnel et psychologique, qui aboutit à l’acceptation de la mort, puis arrive la réconciliation avec les joies de la vie. 

Le deuil n’est en aucun cas une maladie. Il peut néanmoins fragiliser la personne concernée et l’exposer à des troubles émotionnels susceptibles de causer une maladie grave, voire la mort. Bien faire le travail de deuil s’avère ainsi crucial à plusieurs niveaux.

Les travaux d’Élisabeth Kübler-Ross définissent de manière claire les différentes étapes d’un travail de deuil bien fait. Le fait de passer par toutes ces phases signifie qu’une personne est prête à mettre fin à son deuil, et à reprendre le cours normal de sa vie. Il existe cinq phases du deuil selon cette psychiatre helvético-américaine :

⦁ le déni

⦁ la colère

⦁ l’expression

⦁ la dépression

⦁ l’acceptation

Comment définir le déni ?

Le déni apparaît souvent au moment d’apprendre la mort du défunt. Cette étape se traduit par une certaine confusion, l’absence d’émotions et un moment de flottement assez intense. La personne endeuillée peut alors émettre, ouvertement ou en silence, des pensées comme : « Ce n’est pas possible ! », « Non, pas à moi ! », « Je n’arrive pas à y croire ! ».

Comment définir la colère ?

Cette étape intervient seulement après la prise de conscience de la personne endeuillée. Cette dernière se rend finalement compte de la réalité de la perte, mais n’arrive pas encore à l’accepter. Elle cherche dès lors des explications, mais n’en trouve pas. Sa seule solution est de trouver un responsable, fictif ou réel, afin de manifester ses sentiments de révolte, voire sa culpabilité.

La phase de colère pousse le survivant à se questionner de mille manières différentes. « Qu’ai-je fait pour mériter cela ? », « Pourquoi cela n’arrive qu’à moi ? », « Ce n’est pas juste ! », « Pourquoi  m’a-t-il (ou elle) abandonné ? ». Ce  sont des exemples de réflexions assez courantes lors de cette étape.

Le cheminement vers l’acceptation est long

La personne survivante est bien consciente de la réalité de la perte, mais cherche toujours des moyens de « renverser la situation ». Cela se traduit par une quête inespérée d’un signe de présence du défunt, à travers son odeur, ses goûts musicaux, ses endroits préférés ou d’autres objets. Cette étape, que l’on appelle dans le jargon marchandage, ne dure pas longtemps. Il se termine lorsque le survivant se rend compte de la nécessité de changer et d’accepter la perte de l’être cher.

Passer par la dépression

Vivre en l’absence d’un être aimé reste malgré tout difficile, même pour une personne saine d’esprit et bien consciente de la réalité de la perte. Il se peut alors que le survivant traverse une longue période pendant laquelle la détresse, la solitude et les remises en question sont les sentiments dominants.

La tristesse peut être grande et très pesante. Elle se dissipe toutefois peu à peu lorsque la personne endeuillée comprend et accepte la réalité de la perte et cherche à vivre avec. 

Lorsqu’arrive l’acceptation

C’est la dernière phase du deuil. Les sentiments de tristesse reviennent encore ponctuellement, mais le survivant réussit à les gérer. Il chérit aussi les mauvais comme les bons moments passés avec le défunt. La personne endeuillée commence aussi à aller de l’avant et à réorganiser sa vie.

Surtout, elle ne cherche plus quelqu’un à blâmer, ni les raisons de la perte. Elle est pleinement capable de se reprendre en main, de se réinventer et d’exploiter pleinement ses ressources personnelles.

Des phases qui ne sont pas toujours en ordre

Les cinq étapes décrites par Élisabeth Kübler-Ross se déroulent différemment selon les personnes. Certaines cherchent à marchander immédiatement après le décès, avant de ressentir le déni, puis les autres phases du deuil. D’autres arrivent à accepter la perte, mais font ensuite des retours en arrière avant de se sentir mieux, et honore le défunt par une messe d’anniversaire de décès.

Peu importe le déroulement des phases de deuil, le survivant doit pouvoir bénéficier d’une oreille attentive pour se confier, d’épaules solides sur lesquelles s’appuyer, et de cœurs attentifs pour l’aider à mieux vivre la perte de l’être aimé.

La durée idoine du travail de deuil ?

Nous sommes tous concernés par le travail de deuil. Cette période complexe sous-entend le passage vers une autre étape de la vie, mais combien de semaines, de mois, voire d’années faut-il pour effacer le chagrin de la perte d’un être ?

Le travail de deuil est un processus incompris

Sur les forums d’aide aux personnes endeuillées, on lit souvent la même histoire. Celle d’une mère (d’une sœur, d’un père ou d’un mari) qui continue de pleurer un mort. Plusieurs mois après le décès, la personne endeuillée n’arrive pas à se défaire de ce profond chagrin qui l’entoure. Cette personne est parfois confrontée à un entourage peu compréhensif, dont les conseils n’aident pas toujours à se relever de la perte de l’être cher. L’attention et la compassion ne font pas défaut, mais elles cohabitent avec une incompréhension et une méconnaissance du véritable travail de deuil .

Il n’est pas rare qu’on attende d’une personne endeuillée qu’elle réintègre la société, qu’elle retrouve sa pleine capacité de travail rapidement après la perte d’un être cher. Certains pensent que quelques jours de congé suffisent pour être d’attaque et reprendre goût à la vie. D’autres pensent que bien « faire son deuil », c’est passer rapidement à autre chose pour mieux se relever et recouvrer rapidement ses moyens.

C’est le fait même de précipiter l’oubli du chagrin, de la tristesse et de la douleur qui incommode les personnes endeuillées. Ces dernières peuvent culpabiliser d’être encore tristes, alors que le reste de leurs amis et proches est déjà passé à autre chose. Le piège se referme lentement lorsque la personne endeuillée commence avoir ce sentiment d’être gênante. Il faut dire que l’attitude des proches et d’amis n’aide pas toujours, même si cela n’est pas intentionnel de leur part. Le survivant, en proie au chagrin, est susceptible de se refermer sur lui-même, de sombrer dans la solitude, voire même tomber en dépression.

On peut mieux comprendre le travail de deuil

Pour se sortir de ce piège, il faut commencer par comprendre la véritable signification du deuil. Freud décrit le deuil comme un processus complexe et variable selon l’individu concerné. Pendant cette période, le psychisme de la personne endeuillée passe par plusieurs phases. Commencent par apparaitre des émotions fortes, qui se traduisent par un manque d’intérêt pour le monde alentour et une difficulté à agir ou à éprouver de l’amour.

Puis vient le temps des questionnements intérieurs. Le survivant va-t-il laisser son « moi » embrasser la même destinée que le défunt ? Va-t-il décider de rompre le lien avec le mort et en renouer un autre avec la vie ? C’est là que réside toute la difficulté du travail de deuil. Un deuil est bien fait lorsque le survivant réussit à se défaire des liens qui l’unissaient avec le défunt, sans pour autant l’oublier définitivement. Un lien nouveau avec le défunt est créé durant le processus. Ce lien n’empêche plus le survivant d’agir, de retrouver goût à l’amour et de revivre.

La démarche qui aboutit à la découverte de ce lien nouveau prend du temps. Le délai, ainsi que la complexité du travail de deuil varient selon les individus. Une seule vérité vaut pour tous : cette période est incompressible. Le survivant devrait passer toutes les étapes du deuil pendant cette période. Ces étapes, au nombre de cinq, sont :

⦁ le déni

⦁ la colère

⦁ le marchandage

⦁ la dépression

⦁ l’acceptation

Le cheminement vers la fin de l’acceptation est loin d’être linéaire. La personne endeuillée pourrait passer par certains détours, ou rester bloquée sur une phase pendant longtemps. Il se peut également qu’un individu en passe de trouver l’acceptation fasse une rechute et revient à la case départ.

La durée du deuil varie selon chaque individu

Définir un temps de deuil universel serait aussi futile qu’irresponsable. Chacun devrait effectuer son travail de deuil à sa façon et à son propre rythme, sans pression extérieure et sans code préétabli.

Le chemin vers la « guérison », terme ambivalent vu que le deuil n’est pas une maladie, n’est ni linéaire, ni logique. Il dépend de tout un chacun, mais aussi de nombreux autres facteurs extérieurs. Parmi les éléments intérieurs ou extérieurs susceptibles de peser sur la durée du deuil, figurent notamment :

⦁ l’isolement social

⦁ la précarité financière

⦁ l’épuisement nerveux ou physique

⦁ la charge des enfants en bas âge

⦁ les antécédents dépressifs

⦁ l’introversion

Un entourage complaisant compte

Chaque personne endeuillée devrait se sentir libre de vivre son deuil aussi longtemps et dans les conditions qui lui conviennent. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle aura besoin d’aide durant ce long et périlleux processus. L’isolement aiderait certes certains individus à mieux se retrouver et à mieux faire leur travail de deuil. Les faits montrent néanmoins que l’aide de personnes bienveillantes est toujours précieuse dès qu’il s’agit de deuil.

Aussi, si vous deviez traverser la grande épreuve du deuil, demandez l’aide d’une association, d’un travailleur social ou d’un ami de confiance. L’intervention d’un psychologue est la bienvenue dans certaines circonstances. L’essentiel, c’est de trouver une oreille attentive, prête à écouter, sans vous juger ni vous fournir des conseils de vie clichés. C’est seulement ainsi que vous réussirez à accepter la perte et à renouer avec la vie, qu’importe le temps que cela prendra.

Mieux se reconstruire après un deuil

Reprendre une vie normale après le deuil n’est pas chose aisée. L’épreuve parait toujours plus rude que ce à quoi vous vous attendiez. Voici quelques conseils pour mieux vous relever après la perte d’un être cher.

Arrêtez de fuir

Le travail de deuil commence et se termine de la même manière chez tout le monde, ou presque. Vous commencez par réfuter l’idée ou la réalité de la perte. Vous avez alors tendance à vous dire qu’il s’agit d’un cauchemar, ou même d’une mauvaise blague.

Quand bien même vous retrouveriez la raison, votre cœur et votre esprit restent étonnés. Comment cela a-t-il pu vous arriver ? Pourquoi ça vous arrive maintenant ? Qu’allez-vous faire maintenant qu’un être très cher à vous n’est plus là ? Telles sont les questions que vous pourriez vous poser pendant votre deuil.

Il se peut aussi que vous préfériez ignorer la perte et faire comme si de rien n’était. Mais même en vous plongeant sur des activités matérielles ou physiques censées vous faire évader, le sentiment de tristesse et de perdition reste vivace. C’est à ce moment précis que vous prenez conscience de la nécessité de vous relever, de faire face et de bien faire votre travail de deuil.

Acceptez d’être aidé

La fuite en avant n’est donc pas une attitude bénéfique en situation de deuil. Cela vaut aussi pour le déni total et la volonté de tout contrôler. Le deuil fait ressurgir en vous des flots d’émotions qui vous mettront dans tous vos états. Ignorer ces sentiments compliquerait donc votre travail de deuil ainsi que votre cheminement sur la voie du réconfort et de la reprise en main.

Ainsi, au lieu de vouloir tout dissimuler, de tout maîtriser et de paraître intouchable, exprimez vos sentiments. Vous voulez pleurer dans les jours ou semaines après le décès ? Faites-le autant que vous voulez. Vous aimeriez confier vos peines et votre douleur à un de vos proches ? Vos amis sauront vous accorder leurs oreilles attentives et leurs épaules accueillantes. Vous avez besoin d’aide ou de compagnie pour ne pas vous sentir trop seul ? Acceptez toutes les aides et assistances qui vous sont offertes.

En dehors des amis et des proches, vous trouverez une oreille attentive auprès des associations d’aides aux personnes endeuillées, ou auprès d’un psychologue. L’essentiel est d’évaluer tous les sentiments néfastes et toutes les pensées négatives qui travaillent votre corps et votre esprit.

Chérissez la mémoire du défunt

Un travail de deuil bien fait se déroule étape par étape. Inutile de vous forcer à vous reconstruire immédiatement après la perte du défunt. Prenez le temps qu’il vous faut pour vous adapter au mieux à cette absence. Rappelez-vous des bons et des moins bons moments que vous avez passés ensemble. Peut-être que le fait de regarder de vieilles photos du défunt vous rappellera certaines de ses qualités. D’autres préfèreront laisser sa chambre dans l’état où il l’a quittée.

Chacun a sa manière de chérir et d’honorer de manière adéquate les mémoires d’un mort. Vous pouvez trouver également une autre façon de vous remémorer les bons sentiments qui vous liaient au défunt. Cela vous aiderait grandement à vous débarrasser de votre culpabilité ou de votre colère. À terme, vous saurez puiser de la force à partir de ses souvenirs, et de commencer ainsi votre reconstruction.

Que penser des signes de présence du défunt pendant le deuil ?

Les anecdotes concernant les manifestations de la présence d’un défunt après sa mort sont légion. Il se peut d’ailleurs que vous ayez expérimenté cette sensation au moins une fois dans votre vie. Comment devriez-vous réagir devant ces « signes » ? Existe-t-il une explication rationnelle à ces phénomènes ?

Une expérience sensorielle courante

Vous avez certainement entendu ces fameux témoignages au détour d’une conversation entre amis, dans les médias ou ailleurs. Les personnes qui les racontent les considèrent comme des messages post-mortem. Les plus sceptiques évoquent de simples hallucinations. D’autres préfèrent rester stoïques. Ces « fameux témoignages », ce sont les histoires de mort qui envoient des signes ou témoignent de leur présence auprès des vivants. Les récits ont souvent tendance à se ressembler :

⦁ « J’ai cru voir sa silhouette sur le banc sur lequel nous avions l’habitude de nous enlacer ».

⦁ « J’ai senti comme une chaleur bienveillante près de moi ».

⦁ « Le temps d’une seconde, j’ai clairement reconnu son parfum près de moi »

⦁ « On dirait qu’il (ou elle) m’a touché et m’a réconforté »

Une tentative d’expliquer les signes de présence d’un mort

Ces extraits ne sont que quelques exemples d’expériences réelles vécues par des personnes en deuil. Si vous avez vous-même observé ces phénomènes, rassurez-vous. La science reconnaît elle-même l’existence de ces manifestations de la présence d’un défunt. Elles sont même leur propre appellation : VSCD ou Vécu Subjectif de contact avec un défunt. En psychologie, il s’agit d’une expérience sensorielle qui touche principalement ceux qui ont perdu un être cher.

L’apparition d’un VSCD intervient souvent dans les jours ou les semaines suivant le décès. Les manifestations deviennent plus rares au cours des mois qui suivent, puis plus improbables encore des années plus tard. Le vécu subjectif de contact serait ainsi lié au manque physique et émotionnel dû à la perte du défunt. À noter que ces perceptions arrivent sans intervention extérieure.

Trouver le réconfort dans un vécu subjectif de contact

La nature floue et indicible de ces perceptions fait qu’elles sont difficiles à raconter, voire gênantes. Les psychologues, comme Isabelle Marcoin, expliquent que ça ne devrait pas être le cas. Cette experte de l’accompagnement en soins palliatifs admet volontiers que la frontière entre la réalité et le rêve lors d’un VSCD est très mince.

Reconnaître l’existence de ce phénomène ou raconter une telle expérience sensorielle ne doit pas pour autant poser problème. Pour nombre de personnes, ces perceptions ont eu un effet apaisant et rassurant pendant la période de deuil. Le fait de raconter l’expérience aux proches apporte ainsi une certaine consolation et aide à mieux vivre l’absence définitive du défunt.

Prendre garde aux attentes excessives

Les psychologues mettent toutefois en garde contre une quête excessive d’une expérience sensorielle subjective. Cela ferait plus de mal que de bien à la personne endeuillée. L’absence de perceptions sensorielles pourrait en effet causer une grosse déception. En effet, l’inexistence d’un vécu subjectif de contact pourrait être interprétée comme un manque d’attention ou le signe d’une rupture définitive des liens avec la personne décédée. Cette impression a de grandes chances de prolonger ou de perturber le processus de deuil.

Que penser d’une telle expérience ?

Ainsi, si vous êtes amené à vivre une telle expérience, ne cherchez pas à trouver une interprétation toute faite à la perception de la présence du défunt. Aussi réelle soit-elle, votre perception reste subjective et n’a aucune explication rationnelle. Essayez tout simplement d’apprécier les effets positifs de ces sensations sur le processus naturel de deuil. Acceptez le réconfort apporté par un tel vécu subjectif, puis gardez en mémoire les bons sentiments et les liens solides que vous avez partagés avec l’être décédé.

 

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