Carnet

Maltraitance des enfants, des séquelles mortelles

22/01/2019

La forme la plus mortelle de la maltraitance des enfants est la négligence. Les décès par négligence peuvent être causés par des accidents dus à un manque de surveillance ou la négligence de consulter un médecin pour une blessure ou une maladie, ou encore l'abandon. Lorsque les enfants subissent de mauvais traitement, cela entraîne de conséquences différentes graves, notamment des blessures qui peuvent leur être fatales. Les enfants peuvent mourir de traumatisme crânien grave, le syndrome du bébé secoué, traumatisme à l'abdomen ou la poitrine, les brûlures, les noyades, étouffement, l'intoxication, la famine…

L’environnement d’un enfant maltraité

Les données de rapport de 2011 ont montré que 1 570 enfants ont succombé à différentes formes de maltraitance : 82% sont âgés de moins de 4 ans et 42% (534 enfants) de moins de 1 an. Plus de trois quarts (78%) sont victimes d'abus parental. Sur les 1 570 décès, 59% sont des garçons contre des filles à 41%. Ces données sont représentatives de la déclaration de 2006 à 2011. Dans ce laps de temps, l’année 2009 a eu le plus grand nombre d’enfants maltraités décédés (1740 enfants). Ces chiffres représentent uniquement les cas déclarés, laissant supposer un nombre d’enfants maltraités qui souffrent en silence, meurent et dont l’issue fatale est considérée comme étant naturelle

Des spécialistes ont évalué l'environnement d'un enfant maltraité.  Dans la majeure partie des cas, les antécédents familiaux sont les principaux plusieurs facteurs de risque de violence potentielle: 

- L'enfance de l'agresseur: environ 20% des délinquants ont été eux-mêmes maltraités dans leur enfance
- L'abus de substances nocives de l'agresseur: les enfants dont les familles abusent de l'alcool sont presque 4 fois plus susceptibles d'être maltraités, près de 5 fois plus susceptibles d'être physiquement négligés, et 10 fois plus susceptibles d'être négligés que les enfants de familles non-alcooliques 
- Le stress familial: le manque de soutien est souvent associé à la maltraitance des enfants
- Les forces sociales: Les experts se demandent si une réduction présumée des valeurs religieuses et morales associées à une augmentation de la représentation de la violence par le divertissement et des médias d'information peut augmenter la maltraitance des enfants
- L'enfant: les enfants à risque élevé d'abus comprennent les nourrissons qui sont considérés comme «trop difficiles», les enfants handicapés et les enfants souffrant de maladies chroniques 

Les événements spécifiques « déclencheurs » qui se produisent juste avant de nombreuses agressions parentales mortelles sur les nourrissons et les jeunes enfants comprennent un nourrisson inconsolable, les difficultés d'alimentation, la toilette d'un enfant en bas âge, et les perceptions exagérées des parents d'actes de «désobéissance» par l'enfant.

Deux morts par jour en France

L'enfance maltraitée, ce n'est pas seulement une succession de faits divers effroyables. L'épidémiologiste Anne Tursz (Inserm) estime que La maltraitance est "un phénomène de santé publique massif ". Le colloque organisé au Sénat tente de faire reconnaître l'enfance en danger comme grande cause nationale. Le nombre d'enfants concernés est considérable. Combien exactement ? Impossible à dire... les spécialistes parlent de "chiffre noir". 

Chacun sait désormais qu'en France, une femme meurt tous les deux jours battue par son compagnon. Rien de tel pour l'enfance en danger. L'Observatoire de l'action sociale décentralisée (ODAS) évaluait à 98 000 le nombre de mineurs en danger en 2006, dont 20% d'enfants victimes de violences physiques, psychologiques ou d'abus sexuels et 80 % "en risque" (violences conjugales, enfants laissés seuls...). Cette enquête devait être remplacée par des données plus précises produites par l'Observatoire national de l'enfance en danger (ONED). Au 31 décembre 2010, 273 000 mineurs étaient suivis par l'Aide sociale à l'enfance soit un peu moins de 2% des moins de 18 ans. Ces chiffres, très élevés, sont probablement sous-évalués : les enfants non repérés n'y sont pas inclus.

Selon L'Inserm qui s’est  penché sur la manifestation la plus tragique de la maltraitance, Mme Tursz aboutit au chiffre de 400 à 800 homicides de mineurs par an, soit près de deux enfants en moyenne qui meurent chaque jour de violences infligées par des adultes, en général leurs parents. Anne Laurent-Vannier (Médecin de la rééducation, spécialiste du syndrome du bébé secoué): "Celui qui reçoit l'enfant à l'hôpital ne pense pas à la violence, qui est dérangeante, explique-t-elle. On préfère croire à la chute." Dans l'enquête de l'Inserm : Seuls 50 % des nourrissons déclarés victimes de "mort subite" avaient été autopsiés. Pourtant, ce diagnostic ne devrait être posé qu'après une autopsie excluant d'autres causes. Les personnels de santé doivent être sensibilisés. Le 119  « Appeler ce n'est pas dénoncer, c'est partager une inquiétude ». L'éducation nationale est la première source de signalements d'enfants à la justice, les médecins alertent peu, faute de formation. Le grand public peut appeler le 119.

Bébé secoué : des séquelles dramatiques

Des séquelles à vie et des chiffres qui font frémir. On parle de 230 nourrissons accueillis en quatre ans à l'hôpital Necker à Paris et 40 décès chaque année en France. Ce problème de santé publique reste difficile à identifier pour les soignants et le diagnostic est extrêmement difficile à poser, seuls les cas les plus sévères sont hospitalisés. C’est pourquoi le phénomène est largement sous-estimé selon le Dr Anne Laurent-Vannier.

Un parent, (le père dans 70% des cas) ne supportant plus les pleurs de son nourrisson va le secouer de manière violente. Seulement, le cerveau d’un nourrisson bouge à l’intérieur de la boîte crânienne. Victime du secouement d’un ses parents, le bébé va voir sa tête se balancer rapidement, d’avant en arrière. Son cerveau va alors heurter violemment l’intérieur de la boite crânienne. Des vaisseaux sanguins peuvent se déchirer et entraîner des lésions cérébrales potentiellement irréversibles. Les victimes sont dans la majorité des cas des nourrissons de moins de 6 mois et le taux de récidive est estimé à plus de 50 % souligne le Dr Laurent-Vannier. La maltraitance doit conduire à établir soit un signalement au Procureur de la République si le diagnostic est certain, hautement probable ou probable ou une information préoccupante au président du Conseil général si le diagnostic est possible

Si Bébé pleure, le mieux c’est de le coucher. La HAS insiste enfin sur l’importance d’informer les jeunes parents à la sortie de la maternité sur les pleurs du nourrisson, leur expliquer qu’ils peuvent en être exaspérés (ce n’est ni surprenant ni même choquant). Il est important d’avoir la bonne réaction en revanche, comme l’explique la Haute Autorité : « En face à de pleurs prolongés sans cause d’un bébé, le réflexe à avoir est de le coucher sur le dos dans son lit et de quitter la pièce. Se ménager, se protéger, c’est aussi protéger bébé».

Environ 180 à 200 enfants seraient victimes, en France, de cette forme de maltraitance. Ce chiffre est certainement sous-évalué en raison d’une absence de dépistage, d’une sous-déclaration du syndrome du bébé secoué. La méconnaissance du diagnostic de syndrome du bébé secoué expose aussi le bébé et son entourage au risque de récidive. Les moins d'1an sont les plus concernés, des enfants plus âgés peuvent aussi subir des blessures graves à cause d’un secouement violent. Aucun enfant ne doit être secoué, quels que soient son âge et la situation. 

Le Canada n’est pas non plus épargné par le fléau

Des informations alarmantes concernant les enfants canadiens ont été publiées dans un rapport établi par des chercheurs de l’Université de Calgary et Children First Canada en collaboration avec l’Institut de la santé publique O’Brien. L’étude est basée sur données de nombreuses organisations, à savoir Santé Canada, l’Institut canadien d’information sur la santé ainsi que Statistique Canada. Les taux de suicide, maltraitance, et mortalité infantile sont étonnamment élevés pour les enfants canadiens.

L’étude menée par les chercheurs a été portée sur la santé physique et mentale des enfants canadiens ainsi que les facteurs sociaux qui peuvent avoir de l’influence aussi bien de près ou de loin sur la santé. Parmi ces facteurs figurent la faim, les mauvais traitements et la pauvreté. Toujours selon le rapport basé sur les données de l’année 2012, le suicide est classé à la deuxième position en terme de cause de décès chez les enfants et les jeunes canadiens âgés de un à 17 ans. En 2015, le Canada faisait partie des cinq pays ayant les taux de suicide les plus élevés chez les adolescentes. Un sur trois canadiens ont déclaré avoir subi une forme de violence envers eux avant d’atteindre la majorité.

Il y a eu augmentation de 66% du nombre d'hospitalisations liées à la santé mentale chez les personnes âgées de 5 à 24 ans au cours des 10 dernières années. A la même période, le nombre d'hospitalisations a connu une augmentation de 55%. Le rapport indique qu’environ 10 à 20% des enfants canadiens soit 1,2 million de personnes, sont susceptibles de développer un trouble de la santé mentale à un moment donné de leur vie. Malheureusement 20% d’entre eux auront la chance de bénéficier du traitement adéquat dont ils ont besoin. Par ailleurs, le pays est classé à la 30ème place sur 36 pays membres de l'OCDE, avec un taux de 4,7 décès de nourrissons âgés de moins d'un an pour 1 000 naissances vivantes.

Sources: Theasianconnectionsnewspaper.comwww.onhealth.com / destinationsante.com

Le décès par suicide : signes, prévention, récidive…
Les signes annonciateurs sont difficiles à percevoir pour les proches et ils sont bien enfouis au pl...
Les décès liés aux maladies cardiovasculaires
Les maladies cardiovasculaires, une des principales causes de mortalité dans le monde, sont un ensem...
La technologie ou comment commémorer les défunts
Une pierre tombale reste la forme la plus classique d'hommages, et pourtant, nous n’avons pas toujou...
Isolement social : accroissement du risque de décès
La solitude nuit gravement à la santé et ne cesse de gagner du terrain, elle est autant stigmatisé q...