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Mourir, c’est tout un art

20/02/2019

L’art de bien mourir

Comment devenir une star immortelle ? En réussissant sa mort. Nous pouvons dresser une typologie des morts brutales de stars. A chacune est associée une série de représentations spécifiques.

L’accident est fréquemment associé à des conduites à risque. A l'inverse du bourgeois bureaucratisé, la mort par accident est la marque de la star qui brûle la vie par les deux bouts. Edgar Morin : « accepte de vivre peu pour ne pas mourir beaucoup ». Dans son livre Les stars (1957), Edgar Morin va dans le même sens en comparant les vedettes à de nouveaux Messies. « Le héros, dans sa recherche d'absolu, rencontre la mort. Sa mort signifie qu'il est brisé par les forces hostiles du monde, mais qu'en même temps, dans cette défaite il gagne enfin l'absolu: l'immortalité. James Dean meurt, sa victoire sur la mort commence. […] Ce n’est qu’après son sacrifice, où il expie sa condition humaine, que Jésus devient Dieu. »

Parmi les célébrités décédées dans des accidents de voiture figurent James Dean, Grace Kelly, Lady Di ou Albert Camus. On peut également classifier le décès de Claude François en tant qu’accident dû à une ampoule électrique.

On n'en finirait pas d'énumérer les stars qui ont choisi de se donner la mort : De Marilyn Monroe, Ian Curtis, Kurt Cobain, en passant par Patrick Dewaere, Nino Ferrer, Jean Seberg, à Elliott Smith... Alors  que le suicide d’un employé de France Télécom se voit systématiquement ramené à une cause banalement sociale, le suicide d'une célébrité a tout de suite un côté métaphysique shakespearien… La dimension romantique du suicide de stars est évidente :

· Mort de l'esthète qui se heurte à la laideur du monde.
· La compassion est instantanée, tout est pardonné !  (Même les films médiocres et les albums pourris).

L’overdose est une dimension sacrificielle à la mort et surtout présente dans le monde de la musique rock : Jimi Hendrix, Elvis Presley, Sid Vicious, Jim Morrison, Janis Joplin … et voilà quelques années, Amy Winehouse. Les excès de drogue, de médicaments ou d'alcool sont la rançon de la gloire. L’artiste sacrifie sa vie sur l'autel de son art. Quant à la maladie, plus la star est jeune, plus la maladie apparaît injuste.

· Grégory Lemarchal (dont l'œuvre est trop anémique pour lui permettre d'accéder à la légende, doit sa relative célébrité à sa mort précoce).
· Bob Marley et son décès à 34 ans de des suites d'un cancer paraît tellement incompréhensible à ses fans qu'il donne lieu à toutes sortes de théories du complot.

Par ailleurs, l’assassinat est rare et ultra médiatisé. John Lennon, abattu par un cinglé en 1980, enchaînait alors les albums moyens: il a vu sa carrière relancée pour l'éternité. Snoop Dogg le rappeur a entamé sur scène un duo d'outre-tombe avec la version holographique du défunt assassiné « Tupac » ressuscité.

Le Timing est plus important que la manière de mourir.

· Trop tôt : Il n'y a pas assez de matière pour alimenter le mythe.
· Trop tard : La vedette a eu le temps de déchoir et de se compromettre.

L'art d'accompagner les mourants

La psychiatre Elisabeth Kübler-Ross fait partie des femmes qui ont paradoxalement sauvé l’Occident en réapprenant l’art le plus humain (et le plus mystérieux) : l’accompagnement des mourants. La terreur de la plupart des gens, médecins inclus, vis-à-vis de la mort l’a tant sidérée qu’elle dut s’occuper des mourants. Elle avait spontanément découvert à 16 ans, les grandes phases du deuil en aidant un ophtalmologue à consoler ses patients de la perte de leurs yeux. Peu après, elle avait reçu son baptême du feu aux portes des camps de la mort, où certains rescapés lui enseignèrent sans un mot la plus ancienne des sagesses. 

Elle se retrouve (malgré ses supérieurs) : Pionnière de la redécouverte de l’art de mourir (qui exige de ceux qui le pratiquent d’avoir effectué un profond travail introspectif sur leur propre mortalité).

Peur de mourir et peur de vivre sont les deux faces d’une même réalité.  Le déni de la mort est hautement pathogène. Entouré d’amour et d’ouverture (ce qui suppose de chacun un profond travail sur soi), l’être humain retrouve la sagesse de l’art de mourir des plus anciennes traditions. Les petits humains se comportent souvent de façon étonnante aux portes de la mort. Elisabeth Kübler-Ross les appelle : « mes véritables professeurs ».

En ce qui concerne les phases du deuil, toute perte passe schématiquement par 5 phases qui sont utiles à connaître et à distinguer pour mieux s’aider les uns les autres à les traverser 

· Le déni
· La révolte
· Le marchandage
· La dépression
· Et enfin l’acceptation.

Sur les grandes phases de l’agonie, Elisabeth Kübler-Ross (EKR) est devenue un guide précieux pour tous les accompagnateurs en soins palliatifs. Nos quatre aspects fondamentaux sont le physique, l’émotionnel, l’intellectuel et le spirituel. Dans l’ordre qui va du plus physique au plus immatériel et pour aider l’autre de façon efficace, s’il est au plus mal, il est essentiel de tenir compte de chacun de ces quadrants. Avant que l’on puisse sérieusement aborder un accompagnement spirituel, il est important de commencer par soulager la souffrance physique avant de se préoccuper des peines affectives.

Les enfants déportés avaient dessiné dans les baraques des centaines de papillons. EKR en a fait son totem. Une vie bien vécue vous apprend au moins une chose : « Au moment de mourir, notre cocon s’ouvre et nous devenons papillons. » Ce sont les enfants qui, comprennent le mieux les règles de la métamorphose : « La mort, lui ont-ils suggéré, est un nouveau soleil ». Pour les adultes, il nous faut tout un travail sur soi, ardu et douloureux, pour parvenir à « achever le business inaccompli ». « Je sais bien que je dois encore travailler la patience, l'indulgence, le lâcher-prise. Ensuite seulement, j'aurai le droit de mourir ». Personnalité unanimement reconnue comme une des plus influentes du 20ème siècle, le Docteur Elisabeth Kübler-Ross n’a laissé indifférent aucun de ceux qui l’ont lu, écouté ou connu.

Indemnisation pour préjudice d'anxiété de mourir, oui c'est possible...

Le Progrès nous apprend une décision de justice insolite de la Cour de cassation. Les proches de la victime d’un accident peuvent désormais obtenir : Une indemnisation réparant le préjudice ressenti par le défunt en voyant venir sa mort. La Cour de cassation a admis ce préjudice d’anxiété. Jusqu’à présent, reconnu que pour certaines personnes, par exemple:

1. Les individus qui travaillent ont été exposés à l’amiante ou à des radiations (et craignent de voir se déclarer un jour une maladie éventuellement mortelle).
2. La justice a étendu cette notion à un accidenté de la route.

Gravement blessé, il avait eu le temps de comprendre que son décès était imminent. L’indemnisation (nouvelle), redevable au moment du décès, ne peut donc être réclamée forcément que par les proches. D’après La Dépêche, l’auteur de l’accident soutenait qu’indemniser ce nouveau préjudice (en plus du préjudice moral habituel) revenait à indemniser deux fois la même chose. La partie adverse ajouta que personne n’ayant un droit acquis à vivre un certain temps, il ne pouvait pas y avoir de préjudice lié à la vie abrégée. Mais les juges ont rejeté les deux arguments que sont les souffrances, même morales, liées aux blessures ainsi que l’angoisse devant la mort, qui sont deux préjudices distincts.

Une grande difficulté à prouver que la peur de mourir a été bien ressentie…Cependant, selon le magistrat, il ne faut pas imaginer que cette indemnisation pourrait être accordée à un blessé qui aurait survécu. Même après le décès, ajoute-il, il faut des circonstances particulièrement graves pour que "la peur ressentie par la victime soit certaine". Ce type d’indemnisation a déjà été exclue pour un blessé mourant et inconscient rappelle le juge.

Oui, le chagrin d’amour peut tuer !

Il suffit de parcourir les réseaux sociaux ou de regarder de malencontreuses émissions de télé-réalité, les peines de cœur touchent un nombre de personnes incalculable. Plus sérieusement, le Dr Alexander Lyon est cardiologue et elle n’hésite pas à affirmer qu’une peine de cœur peut être mortelle.

Explications : Selon une étude Britannique, le stress cardiomyopathique serait à l’origine sur le plan exclusivement médical  de plus de 6 000 morts par an au Royaume-Uni. D’après la cardiologue, ce nombre est largement sous-estimé car les personnes décédés par cardiomyopathie ne sont pas systématiquement autopsiées. Difficile alors de trouver la cause exacte de leur mort, mais le déclenchement de ce syndrome est souvent soudain puisque dû à la libération massive d’adrénaline dans la moitié inférieure de la cambre principale de pompage du cœur. Ce qui a pour effet de le paralyser, force la partie supérieure du cœur qui doit alors beaucoup plus travailler, parfois le cœur ne tient plus le choc...

Pour déclencher une crise cardiaque, qu’il soit dû à la peur, à la douleur écrasante d’avoir perdu un proche ou même à un bonheur trop intense, il faudra, rassurez-vous, une dose de stress très puissante. D’autres études montrent que le risque de mourir d’un arrêt cardiaque est 16 fois plus élevé le jour suivant la perte de son conjoint. Mourir de chagrin d’amour est donc bien possible. Le cœur est un muscle fragile qui demande à être entretenu en pratiquant le sport, mais évitez d'avoir un cœur de "pierre"...

Ce que dit la loi française sur la fin de vie

L’euthanasie dite “passive” Le droit au "laisser mourir"  (la loi Leonetti depuis 2005 qui interdit l'acharnement thérapeutique). Aujourd’hui, les personnes admises à l'hôpital peuvent refuser les soins proposés (médicaments mais aussi nourriture et boisson). Un débat bien vivant :

· « C’est la loi du mourir de faim et de soif. Comment ose-t-on nous dire que les gens ne souffrent pas ? »
· « C’est une loi faite par des médecins et pour des médecins »

(Jean-Luc Roméro, président de l’ADMD)

L’euthanasie dite “active”, approuvée par 91% des Français pour des malades incurables qui en feraient explicitement la demande (sondage Harris Interactive). Des associations catholiques, (comme l’Alliance Vita), jugent au contraire cette loi trop permissive. L’envie de mourir des candidats au suicide assisté ne serait lié qu’à la douleur et à un défaut de prise en charge. Si la douleur était correctement soulagée au sein de services de soins palliatifs, la demande de mourir s'évanouirait. La volonté de mourir peut fluctuer et être dépendante de pressions exercées par le milieu familial.(Consciemment ou inconsciemment)

Christine Boutin (La présidente du Parti Chrétien-démocrate) est aussi fermement opposée : "débattre de la possibilité pour une société d'approuver le fait qu'une personne est bonne à mourir, mais aussi de délivrer un permis de tuer, ne peut en aucun cas être noble et digne".

Mourir ne doit plus être un luxe

En France, une prestation d’obsèques coûte en moyenne 3200 €. Cependant, de nouveaux acteurs arrivent sur le secteur du funéraire. « Mourir de doit plus être un luxe » le slogan de EcoPlus Funéraire parle de lui-même. Cette marque de pompes funèbres low-cost a été lancée en avril 2012 et compte bien modifier le paysage du funéraire.

« Low cost » ne veut pas forcément dire bas-de-gamme. Pour proposer des prix aussi attractifs, la marque propose seulement 3 offres :

1. 1250 € qui comporte un cercueil « éco », une voiture adaptée pour le transport mortuaire et les frais d’inhumation ou de crémation. Si la famille souhaite des prestations supplémentaires comme des porteurs il faudra payer un supplément.
2. 1990 € qui comprend les éléments de la première offre avec en plus les frais d’admission au funérarium, la location d’un véhicule de cérémonie et la présentation du défunt.
3. 2490 € qui comprend les éléments de la formule une et deux avec en plus un cercueil de qualité premium.

Les avantages de ces nouvelles agences de pompes funèbres low-cost sont qu’elles ne proposent que les prestations obligatoires et qu’elles sont complètement transparentes sur les prix pratiqués. Une initiative qui offre à ce secteur un peu plus transparence...

Bien mourir, une obsession de notre époque

L'un des principaux souhaits de notre temps est de transformer tout ce que nous touchons en un reflet de qui nous sommes, comment nous vivons et comment nous voulons que les autres nous voient, et la mort ne fait pas exception. Autrefois simplement inévitable, la mort est devenue un nouveau rite de passage bourgeois qui, tout comme les mariages ou les naissances, doit maintenant être minutieusement planifiée et personnalisée. Depuis la fétichisation de la mort à l’époque victorienne, avec ses vêtements tout noirs, ses bijoux et ses séances de deuil élaborés, chaque disparition doit être d'une certaine façon spéciale.

Au printemps dernier, au cimetière de Green-Wood à Brooklyn, où l’artiste Jean-Michel Basquiat est enterré, une autre artiste conceptuelle, Sophie Calle, a lancé une installation intitulée « Here Lie the Secrets of the Green-Wood Cemetery ». Pendant les 25 prochaines années, tous les passants pourront écrire leurs secrets les plus intimes et les enterrer dans une tombe conçue par l'artiste. Le cimetière accueille également des visites au clair de lune, des cocktails, des spectacles de danse et même des cours de yoga.

Certaines personnes choisissent une sépulture écologique et optent pour un linceul artisanal biodégradable décoré au choix. D’autre part, le célèbre chef californien Alice Waters,  été enterré dans un costume de pyjama funéraire garni de champignons qui aident le corps à se décomposer plus rapidement. Il y a quelques années, l'artiste Jae Rhim Lee a porté l'un de ces costumes: une pièce à capuche noire enfilée dans des veines blanches imprégnées de spores de champignons. Sur scène, Lee expliqua avec enthousiasme qu’elle entraînait les champignons à la manger quand elle mourrait en leur donnant les cheveux, les ongles et la peau morte pour qu’ils reconnaissent son corps.

Demander une aide, une assistance à la fin de vie. Pour les personnes moins soucieuses de l'environnement et plus préoccupées par la perspective terrifiante de mourir seul, il existe maintenant des solutions (ou du moins partielles). Dans ces cas-là, embaucher une doula de mort, un professionnel qualifié qui vous aidera à la fin de la vie de la même manière que les doulas de naissance pendant le travail. Ou encore demander des funérailles à domicile, dans lesquelles les amis, proches et la famille rendent hommage au défunt dans le confort de votre salon, chaque détail étant soigneusement planifié comme un mariage. Et avant que ce jour arrive, vous pouvez discuter des faits de la mort avec des âmes aux vues similaires dans un Death Cafe, une réunion du mouvement mondial lancé par Jon Underwood en 2011 (qui est mort l'été dernier de la leucémie aiguë promyélocytaire) pour se rassembler, réfléchir et parler de la mortalité.

Caitlin Doughty est une jeune pionnière de Los Angeles, qui ressemble à un membre de la famille Addams, a écrit un mémoire à succès, organise une série sur YouTube appelée Ask a Mortician et a fondé un «collectif d’acceptation de la mort» appelé The Order of the Good Death, dont les jeunes membres encouragent les approches positives de la mortalité. «Il est correct de s’intéresser ouvertement aux pratiques de la mort», a indiqué Doughty. «Cela fait de vous un humain engagé qui se soucie de tous les aspects de la vie. Le voir comme un intérêt particulier pour les gothiques, les cinglés ou les personnes obsédées par le meurtre crée un manque de conversation honnête sur la mort dans le monde occidental. Cet intérêt croissant pour les «pratiques de décès» alternatives a commencé par contourner le commercialisme et l’uniformité de l’industrie funéraire. Et cela plaît à un ensemble diversifié de personnes. 

Sources: Theguardian.com / psychologies.com / Le progrès - La dépêche / Le Monde / JD

 

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