Carnet

Jacques Chancel

Jacques Chancel 2 juillet 1928 - 23 décembre 2014
01/10/2015

« Si j'ai un talent, un seul talent, c'est de savoir écouter, je sais écouter », disait-il. « Les gens ne s'écoutent plus, ils n'écoutent qu'eux-mêmes. » a-t-il poursuivi. Tout au long de sa carrière dans l’univers de l’audiovisuel français, Jacques Chancel décédé à l’âge de 86 ans, dans la nuit de lundi 22 décembre à mardi 23 décembre à son domicile du XVIe arrondissement de Paris, des suites d'un cancer, savait écouter les autres et a toujours préféré les termes « entretien », « conversation » ou « rencontre » à celui d'« interview ».

Célèbre pour ses émissions à la radio « Radioscopie » notamment sur France Inter et à la télévision « le Grand Echiquier », sur Antenne 2, cet homme curieux et passionné de littérature et de musique classique a interrogé les plus grands de la culture et de la politique pendant plus de vingt ans.

Né à Ayzac-Ost (Hautes-Pyrénées), le 2 juillet 1928, Jacques Chancel de son vrai nom Joseph André Crampes a étudié à l'école militaire de transmissions de Montargis et se porta par la suite volontaire pour la guerre d'Indochine. C’est là-bas qu’il est devenu reporter pour France-Asie, puis correspondant pour Paris-Match pendant trois ans. « Il a vécu toutes les souffrances du XXe siècle, et il les a vues en Indochine. Plus qu'un journaliste, il était devenu un passeur de mémoire » a livré le journaliste politique Ivan Levaï à l'AFP. « Je fais partie des gens qui l'ont écouté tous les soirs à la radio. Il posait toujours la question juste, il savait accoucher ses interlocuteurs. » a-t-il poursuivi.

De retour en France en 1956, Chancel est devenu chroniqueur radio et télé, d’abord pour Télémagazine ensuite pour Paris-Journal devenu Paris-Jour en 1958 dont il deviendra directeur des services parisiens un an plus tard. Il s’est par la suite lancé dans la radio et la télévision.

Sa carrière audiovisuelle est lancée. Il produit et anime « Radioscopie », pour France Inter, ce qui deviendra plus tard l'une des émissions la plus marquante de l'histoire de la radio, en présentant de 1968 à 1982 puis de 1988 à 1990plus de 6 000 numéros. Il y recevait la plupart des grands noms de sa génération tels que les écrivains Albert Cohen, Henry de Montherlant, Maurice Genevoix, Salvador Dali, les peintres Chagall ou encore le cinéaste Abel Gance. Mais son plus grand regret reste le fait de ne pas avoir reçu Picasso : « Picasso, je l'ai raté. J'étais fatigué. C'est la seule fois de ma vie. Et le drame, c'est que je faisais l'émission à Nice et, bien plus grave, c'est qu'on ne l'a pas prévenu. Il m'a attendu trois quarts d'heure en studio... » a-t-il expliqué à Laurence Ferrari sur D8 en 2013.

À la télévision, il a créé « Grand Amphi » de 1971 à 1972 qui devient « Le Grand Échiquier », son émission la plus célèbre qu’il a animée de 1972 à 1989. Là encore, sur Antenne 2, il reçoit dans cette émission de 1972 à 1989 des personnalités de renoms. Il est par la suite devenu directeur des programmes à l'arrêt du « Grand échiquier », puis de France 3 et y a présenté le magazine sur les « Lignes de mire » de 1994 à 1998.

Jacques Chancel a par ailleurs occupé des postes de gestion. Il fut par exemple de 1975 à 1977, conseillé de Marcel Jullian pour Antenne 2, puis en 1986, directeur de la rédaction de Jours de France, de 1990 à 1992, directeur général de l'antenne de FR3… Il était également de 2003 à 2010administrateur du groupe Canal+.

Outre sa longue carrière en audiovisuel, Jacques Chancel est également l’auteur de plusieurs ouvrages, dont son Journal, en plusieurs tomes ou encore « Pourquoi partir ? » dont le dernier volume concernant la période de janvier 2011 à juin 2014, est sorti chez Flammarion le mois dernier. Il y abordait ses soucis de santé avec beaucoup de discrétion.

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