Carnet

Lucien Neuwirth

Lucien Neuwirth 18 mai 1924 - 26 novembre 2013
01/10/2015

Le « père de la pilule » a permis aux Françaises de maîtriser leurs corps et leur destin.

Lucien Neuwirth est mort des suites d'une infection pulmonaire à l'hôpital Rossini-Sainte-Périne de Paris. Le député français, après vingt ans de combat a fait voter en 1967 la loi sur la contraception orale, dite de « légalisation de la pilule », pour que les femmes vivent une maternité et par extension une sexualité choisie et non subie. Le journal Le Monde a annoncé sa disparition à l'âge de 89 ans.

Arrivé à Londres à 16 ans, il y côtoie le général de Gaulle. C'est dans la capitale britannique que le jeune résistant a découvert un spermicide effervescent à usage unique, le Gynomin (en vente libre depuis 1927). Il en deviendra le fournisseur attitré auprès de ses amis de la France libre, gagnant le surnom de "Lulu la pilule".

Député puis sénateur de droite, il avait réussi, dans la France très conservatrice d'avant 1968 à faire adopter en 1967, contre la majorité de son camp, la loi autorisant la contraception. Lucien Neuwirth était le pendant politique masculin de Simone Veil. Comme elle, il avait laissé son nom à une loi dissociant la sexualité de la reproduction.

C'est en décembre 1967, après bien des invectives au Parlement, que sa loi relative à la régulation des naissances, dite "loi Neuwirth", est votée puis promulguée :

1. Pour la faire adopter, Neuwirth use d'un stratagème : un vote nocturne, à main levée, qui permet de ne pas afficher les noms des opposants et des partisans. Toute la gauche vote pour tandis qu'à droite, les bancs sont très clairsemés. De Gaulle promulgue la loi le 28 décembre, mais il faut attendre 1969 pour que les premiers décrets soient publiés ...
2. Elle autorise la fabrication et l'importation de contraceptifs, leur vente exclusive en pharmacie sur ordonnance médicale, avec autorisation parentale pour les mineures. Il faudra cependant attendre 1972 pour que les derniers décrets d'application soient pris et 1974 pour que la pilule soit remboursée par la sécurité sociale.

« Nous estimons que l’heure est désormais venue de passer de la maternité accidentelle et due souvent au seul hasard, à une maternité consciente et pleinement responsable », déclare-t-il dans son discours.
« C’est un pas considérable vers une nécessaire amélioration des conditions d’existence de la femme, laquelle a supporté seule, jusqu’à présent, tout le poids de la fécondité. (…) En vertu de quel critère démocratique pourrait-on imposer à tous, dans un domaine aussi intime, la volonté de quelques-uns ? », lance-t-il alors aux parlementaires.
Il est également à l’origine des lois sur la prise en charge de la douleur en 1995 et des soins palliatifs en 1999.

Défenseur engagé de la Libération de la France, son nom restera attaché à jamais à une autre Libération, celle des femmes...

 

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