Carnet

Scott Walker

Scott Walker 9 janvier 1943 - 22 mars 2019
28/03/2019

L’inventeur trop méconnu d'une pop orchestrale sophistiquée et personnelle.

Fils unique d’un ingénieur géologue, il grandit à Denver (Colorado). Elevé par sa mère, Il s’initie au chant dans la chorale locale, son timbre naissant de baryton le fait remarquer dès l’adolescence.

Il déménage à New York et le garçon découvre le rock’n’roll, particulièrement séduit par les voix de Johnny Haze et Elvis Presley… La vie de superstar et la célébrité n'étaient pas pour Scott. En tant qu'enfant unique, il a grandi dans une sorte de solitude riche et flâneuse dans laquelle l'imagination pouvait fleurir.
Scott Walker est le chanteur des Walker Brothers, (un trio de faux frères). Quand on leur demande quelle est leur ambition, deux des gars affirment : « devenir une star mondiale », tandis que Scott Walker répond : « J’aimerais devenir un être humain ». Il s'éteint à l'âge de 76 ans.

Dans la vie contrariée de celui qui est né Noel Scott Engel à Hamilton (Ohio), tout ou presque n’est que :

* Empilement de table rase
* Perpétuel recommencement
* Splendeurs et misères commerciales
* Frénésies et ruptures artistiques
* Opulences et silences…

Walker, Bowie, Brel : le triangle d’affinités électives le plus admirable du XXe siècle.



La voix de crooner de Scott Walker vous tient en respect, parce que la distance est l’honneur des désespérés, cette voix a façonné le chant de Bowie et de tant d’autres… David Bowie a 50 ans, il est à la radio en 1977 et on lui fait écouter un message d'anniversaire enregistré par Scott Walker. Réaction de Bowie : « C’est extraordinaire. C’est comme si je venais de voir Dieu à la fenêtre. »
Et justement, parmi les divinités pop, l’Anglais se considère comme l’obligé de l’Américain. Les deux sont d’accord pour placer Jacques Brel au-dessus de leurs auréoles.

Si Bowie a repris My Death et Amsterdam, c’est précisément parce qu’il a entendu Walker puiser jusqu’à l’ivresse dans le répertoire du chanteur belge (neuf fois sur ses trois premiers albums solos) 
En 1969, au moment de l’explosion du rock psychédélique, Scott Walker invente son style de pop orchestrale. Ce drôle d’énergumène célèbre la culture européenne dans ses 4 premiers albums solo, simplement intitulés :
· Scott
· Scott 2
· Scott 3 et …
· Scott 4.

Ils défenestrent les Stones des charts anglais !

Les Walker Brothers débarquent en Angleterre et, malgré la concurrence féroce, ne mettront pas trois singles avant de virer les Stones des charts : « Make It Easy on Yourself » (signé Hal David et Burt Bacharach) supplantant « Satisfaction » dans le cœur du public. Londres restera pendant cinquante ans la ville de coeur et d'épanouissement musical de Scott.

Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages s’enchaînent, confirmant son importance dans l’histoire musicale. Celui de Thom Yorke relayé par les Inrockuptibles était évidemment attendu. Il avait en compagnie du reste de Radiohead, baptisé « Creep » : "notre chanson à la Scott Walker" Yorke a écrit : « Je suis tellement triste d’apprendre la mort de Scott Walker, il a eu une immense influence sur Radiohead et moi. Il m’a montré comment utiliser ma voix et mes mots ».
The Divine Comedy, R.E.M., Elvis Costello, Marc Almond, U2, The Last Shadow Puppets, Nick Cave, Alain Bashung ou encore Lou Reed racontent également avoir été influencés dans leur musique.

Scott meurt en emportant avec lui le secret de cet enfer qui l’a paradoxalement maintenu en vie et créatif toute sa carrière. Et nous laisse avec l’impression grandissante que la musique, comme le reste, ne pourra aller que de mal en pis, de quoi se verser un verre de ‘Johnny Walker’ également un faux frère de Scott…

 

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