Skip to main content
revolution-perpetuelle-rite-funeraire.jpg

La révolution perpétuelle du rite funéraire

Autrefois taboue, la planification de funérailles devient actuellement une action courante, jugée même indispensable pour certains. L’évolution de la perception de la mort entraîne aussi son lot de changements du côté des prestataires funéraires. Parler de tendances, modes et innovations dans ce milieu ne choque plus personne.

Quelle était la situation avant la libéralisation ?

Avant 1993, le marché des services funéraires était très réglementé en France. En réalité, il n’en avait de marché que le nom. Les communes ont gardé pendant longtemps le monopole sur ce secteur d’activités. Leur emprise sur les prestations funéraires se manifeste de différentes façons. Étant pratiquement les seules autorisées à intervenir auprès de la population, les communes ont créé leur propre régie municipale ou cèdent leur concession à une société privée. Les possibilités des familles étaient dès lors très limitées. Seules quelques localités (environ 13 % des villes de plus de 10 000 habitants) accueillent dans leurs murs des entreprises indépendantes de pompes funèbres.

Ainsi, dans les grandes villes comme Paris, Marseille ou Lyon, les régies municipales régnaient en maître sur le marché des services funéraires. Dans les autres communes, les entreprises ayant obtenu une concession gardaient le contrôle sur cette activité. Les prix pratiqués par ces prestataires sont par ailleurs fixés par les communes. Même si les familles font appel à une société indépendante, cette dernière se doit de reverser une partie de leurs revenus à l’entreprise reconnue par la localité où a lieu l’inhumation.

Le monopole communal entraîne une très forte disparité des coûts des prestations funéraires. Les prix pouvaient varier de 1 à 5 pour une même prestation à l’époque. On pourrait croire alors que la libéralisation de ce marché, appliquée pleinement en 1998, changerait les choses. La réalité est toute autre. Les sociétés pratiquent actuellement des tarifs très variés selon leur standing. Le coût pour les mêmes services varie ainsi du simple au double, voire plus. Voici quelques chiffres notables issus d’une étude d’UFC-Que Choisir en 2008, portant sur les tarifs de différentes prestations:

  • coût global des funérailles : de 1176 à 3891 euros
  • l’ouverture et la fermeture du caveau : de 90 à 844 euros
  • la location d’un corbillard : de 65 à 490 euros

L’écart entre les prix reste ainsi très élevé pour certaines prestations, après la libéralisation des services funéraires. Cette déréglementation aura au moins le mérite de créer de nouvelles habitudes, chez les familles de défunt, ainsi que des produits et services nouveaux, chez les prestataires.

Il devient possible d’anticiper correctement les funérailles

Le nombre d’entreprises des pompes funèbres n’a cessé de croître depuis 1998. Les services et produits inhérents au rite funéraire se diversifient également. Cette évolution pousse au changement de mœurs chez les Français, qui sont de plus en plus nombreux à préparer leurs propres funérailles. Leur objectif est des plus simples : éviter à leurs proches de payer de lourdes charges financières au moment de leur mort.

L’anticipation de la mort se traduit par la souscription en masse de contrat ou d’assurance obsèques. En 2009, pas moins de 20 % des décès sont ainsi couverts par une telle assurance. Cette proportion tend à augmenter au fil des années, au point que les assureurs s’attendent à voir 40 % des décès couverts par un contrat obsèques à l’horizon 2025. Les contrats en capital restent aujourd’hui les préférés des assurés.

L’on observe néanmoins une nette progression des assurances obsèques en prestations. Cela s’explique peut-être par la diversification des prestations funéraires proposées par les assureurs et leurs partenaires. Entre le choix de la sépulture, l’écriture des textes funéraires, la sélection des fleurs et des tenues vestimentaires, tous les détails de ses funérailles peuvent être désormais planifiés. Les obsèques deviennent ainsi de plus en plus personnalisées et plus intimes.

Les services funéraires peuvent être personnalisés

La pratique religieuse lors de funérailles demeure très présente. Les Français semblent néanmoins de plus en plus enclins à rendre cette cérémonie moins solennelle et plus personnelle. De nouveaux rites s’ajoutent ainsi aux services funéraires traditionnels, entre autres : 

  • la diffusion de vidéo en guise de dernier hommage
  • la personnalisation des musiques
  • l’organisation d’une réception après la crémation ou l’inhumation

Les demandes en articles funéraires personnalisés ou insolites s’accélèrent également. Il n’est plus rare aujourd’hui de voir des familles commander des urnes funéraires sur mesure, des pierres tombales gravées de motifs ou d’images représentant le caractère ou les passions du défunt. 

La crémation gagne en popularité

La crémation supplante peu à peu le traditionnel enterrement, en France comme dans plusieurs autres pays. 30 % des morts français en 2010 ont été ainsi incinérés. Ce chiffre devrait augmenter à l’avenir : 51 % des Français disent en effet préférer la crémation à leur mort. Ce choix s’explique en partie par le recul de la pensée religieuse. D’autres motifs expliquent également la recrudescence des crémations.

Beaucoup estiment notamment que la crémation laisse une empreinte énergétique plus faible par rapport à l’inhumation. Ce n’est pourtant pas toujours le cas. L’incinération d’une dépouille et de son cercueil produit en effet des émanations comme le mercure, l’oxyde d’azote et le gaz carbonique, ainsi que des poussières. La croyance populaire sur le sujet reste néanmoins tenace.

La question financière est néanmoins la principale raison de l’essor de la crémation. Se faire réduire en cendres coûte sensiblement moins cher que de se faire enterrer. La différence de coûts est en moyenne de l’ordre de 13 %. 

Les devis sont plus clairs… donc propices à la comparaison

La libéralisation du marché des pompes funèbres a généré plusieurs autres textes qui encadrent les pratiques des prestataires funéraires. L’obligation d’afficher les tarifs pour chaque prestation en fait partie. La transparence qui en découle profite logiquement aux familles. Ces dernières ne s’embarrassent plus aujourd’hui de comparer les prix pratiqués par les entreprises des pompes funèbres.

Alors que la demande de devis était un sujet sensible au début des années 90 (2 % de demandes seulement), cela relève actuellement de la logique. Plus de 60 % des familles endeuillées en ont fait réaliser auprès de deux entreprises funéraires en 2009. L’entrée en scène d’internet devrait faire progresser davantage cette proportion dans les prochaines années.

Funérailles et nouvelles technologies forment la combinaison gagnante

L’utilisation d’internet et des nouvelles technologies constitue sans doute le prochain axe d’évolution du rite funéraire. L’adoption d’internet par les entreprises funéraires se fait de plusieurs manières différentes.

Certains prestataires proposent ainsi de créer et d’administrer la mémoire numérique d’un défunt. Le principe est assez simple : le prestataire reprend l’avis de décès en ligne. Il invite ensuite les proches à publier sur un espace réservé les messages de condoléances. Ceux qui le souhaitent peuvent ajouter des photos, des vidéos ou des anecdotes sur la personne décédée.

D’autres sociétés vendent des coffres forts numériques, où est stocké le patrimoine digital du défunt. Le patrimoine en question inclut notamment les mots de passe et autres profils de réseaux sociaux et adresses de messagerie.

Les possibilités d’innovation du rite funéraire impliquant internet sont en réalité infinies. La question est de savoir jusqu’où les entreprises et les familles iront pour rendre un hommage personnalisé et insolite aux défunts.

A lire aussi dans la rubrique Les services funéraires :

 

Image: Shutterstock