Carnet

Marlen Khoustiev

Marlen Khoustiev 4 octobre 1925 - 19 mars 2019
20/03/2019

ne vie aussi mouvementée qu'un roman russe.

Marlen Khoutsiev, auteur de films cultes dans les années 1960 et père de la Nouvelle Vague soviétique, est décédé à Moscou à l'âge de 93 ans a annoncé Tatiana Nemtchinskaïa de l'Union des cinéastes de Russie. "Il a vécu une vie pleine de drame et de joie" a-t-elle déclaré.

Figure centrale du cinéma russe, méconnu hors de son pays, Marlen Khoutsiev incarne avec force le courant des "Films du Dégel" qui a suivi le XXe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique et les débuts de la déstalinisation en 1956. Né en 1925 en Géorgie soviétique, d'un père bolchevik (plus tard tué lors des purges staliniennes) et d'une mère aristocrate, Marlen est l’acronyme de Marx et Lénine, si si !) il a signé une douzaine de films qui formeront le socle de la Nouvelle Vague soviétique pendant le dégel politique ayant suivi la mort de Staline en 1953.
Dès 1944, il débute au studio de Tbilissi comme assistant décorateur ; en 1952, il est diplômé de la faculté de mise en scène du VGIK de Moscou.
Après avoir été l'assistant de Barnet sur « Liana » (1955), il réalise au studio d'Odessa « Le Printemps dans la rue Zaretchna » en 1956, excellente comédie de murs sur les relations orageuses entre une institutrice de cours du soir et un ouvrier, c’est l'année du rapport de Nikita Khrouchtchev sur le culte de la personnalité de Staline.

« J’ai 20 ans » à Moscou début des années 60.

Non, ils ne dansent pas le twist à Saint-Tropez mais trois camarades, dont les pères sont morts à la guerre s'interrogent sur leur avenir, le sens de la vie et cherchent, sans grand enthousiasme, leur place dans la société. Le film est une fresque entre deux personnages : le parcours en apparence erratique de Marlen Khoutsiev accompagne et révèle l'histoire de l'URSS et de la Russie, avec au centre « J'ai vingt ans », son film le plus célèbre a incarné l'esprit et les espoirs du dégel de 1956.
En 1963, Nikita Khrouchtchev, qui a peu avant attaqué la peinture abstraite et critiqué les intellectuels, s'acharne publiquement sur « Le Faubourg d'Ilytch » :
. Les jeunes qu'il montre sont « moralement infirmes, dépourvus d'idéaux », leurs pères n'ont pas de voie à leur montrer.
. « Non, la société ne peut pas se fier à de tels personnages. »
Face à la parole du chef de l'État, Khoutsiev doit en partie retourner et remonter le film, qui sort (dans une version qu'il assume) sous le titre de …
« J'ai vingt ans », après la chute de Khrouchtchev. Il ne sera restauré dans sa version première qu'en 1988…
Trois ans après le scandale des allers-retours de la censure :
· Pluie de juillet (1966)
· Et en 1970 : C'était le mois de mai, produit par la télévision sont encore plus radicaux.

Ni l'un ni l'autre film ne subit de censure, mais leur diffusion est limitée. Peu après, il se tourne vers la pédagogie et devient un des enseignants de cinéma les plus respectés, un maître pour plusieurs générations.
Marlen Khoustiev ne cesse d'étonner par sa vigueur, son humour, sa disponibilité, à l'heure de recevoir sur la Piazza Grande un Léopard d'honneur. Normal, direz-vous. Sauf que le petit homme à cheveux blancs et fine moustache a … 89 ans bien tassés. “Une Nécrologie très instructive, Camarade.”

 

J'ai vingt ans de Marlen Khoutsiev from La Cinémathèque française on Vimeo.

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