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Quelle est la durée idoine du travail de deuil ?

Nous sommes tous concernés par le travail de deuil. Cette période complexe sous-entend le passage vers une autre étape de la vie, mais combien de semaines, de mois, voire d’années faut-il pour effacer le chagrin de la perte d’un être ?


Le travail de deuil est un processus incompris

Sur les forums d’aide aux personnes endeuillées, on lit souvent la même histoire. Celle d’une mère (d’une sœur, d’un père ou d’un mari) qui continue de pleurer un mort. Plusieurs mois après le décès, la personne endeuillée n’arrive pas à se défaire de ce profond chagrin qui l’entoure. Cette personne est parfois confrontée à un entourage peu compréhensif, dont les conseils n’aident pas toujours à se relever de la perte de l’être cher. L’attention et la compassion ne font pas défaut, mais elles cohabitent avec une incompréhension et une méconnaissance du véritable travail de deuil .

Il n’est pas rare qu’on attende d’une personne endeuillée qu’elle réintègre la société, qu’elle retrouve sa pleine capacité de travail rapidement après la perte d’un être cher. Certains pensent que quelques jours de congé suffisent pour être d’attaque et reprendre goût à la vie. D’autres pensent que bien « faire son deuil », c’est passer rapidement à autre chose pour mieux se relever et recouvrer rapidement ses moyens.

C’est le fait même de précipiter l’oubli du chagrin, de la tristesse et de la douleur qui incommode les personnes endeuillées. Ces dernières peuvent culpabiliser d’être encore tristes, alors que le reste de leurs amis et proches est déjà passé à autre chose. Le piège se referme lentement lorsque la personne endeuillée commence avoir ce sentiment d’être gênante. Il faut dire que l’attitude des proches et d’amis n’aide pas toujours, même si cela n’est pas intentionnel de leur part. Le survivant, en proie au chagrin, est susceptible de se refermer sur lui-même, de sombrer dans la solitude, voire même tomber en dépression.

On peut mieux comprendre le travail de deuil

Pour se sortir de ce piège, il faut commencer par comprendre la véritable signification du deuil. Freud décrit le deuil comme un processus complexe et variable selon l’individu concerné. Pendant cette période, le psychisme de la personne endeuillée passe par plusieurs phases. Commencent par apparaitre des émotions fortes, qui se traduisent par un manque d’intérêt pour le monde alentour et une difficulté à agir ou à éprouver de l’amour.

Puis vient le temps des questionnements intérieurs. Le survivant va-t-il laisser son « moi » embrasser la même destinée que le défunt ? Va-t-il décider de rompre le lien avec le mort et en renouer un autre avec la vie ? C’est là que réside toute la difficulté du travail de deuil. Un deuil est bien fait lorsque le survivant réussit à se défaire des liens qui l’unissaient avec le défunt, sans pour autant l’oublier définitivement. Un lien nouveau avec le défunt est créé durant le processus. Ce lien n’empêche plus le survivant d’agir, de retrouver goût à l’amour et de revivre.

La démarche qui aboutit à la découverte de ce lien nouveau prend du temps. Le délai, ainsi que la complexité du travail de deuil varient selon les individus. Une seule vérité vaut pour tous : cette période est incompressible. Le survivant devrait passer toutes les étapes du deuil pendant cette période. Ces étapes, au nombre de cinq, sont :

  • le déni
  • la colère
  • le marchandage
  • la dépression
  • l’acceptation

Le cheminement vers la fin de l’acceptation est loin d’être linéaire. La personne endeuillée pourrait passer par certains détours, ou rester bloquée sur une phase pendant longtemps. Il se peut également qu’un individu en passe de trouver l’acceptation fasse une rechute et revient à la case départ.

La durée du deuil varie selon chaque individu

Définir un temps de deuil universel serait aussi futile qu’irresponsable. Chacun devrait effectuer son travail de deuil à sa façon et à son propre rythme, sans pression extérieure et sans code préétabli.

Le chemin vers la « guérison », terme ambivalent vu que le deuil n’est pas une maladie, n’est ni linéaire, ni logique. Il dépend de tout un chacun, mais aussi de nombreux autres facteurs extérieurs. Parmi les éléments intérieurs ou extérieurs susceptibles de peser sur la durée du deuil, figurent notamment :

  • l’isolement social
  • la précarité financière
  • l’épuisement nerveux ou physique
  • la charge des enfants en bas âge
  • les antécédents dépressifs
  • l’introversion

Un entourage complaisant compte

Chaque personne endeuillée devrait se sentir libre de vivre son deuil aussi longtemps et dans les conditions qui lui conviennent. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle aura besoin d’aide durant ce long et périlleux processus. L’isolement aiderait certes certains individus à mieux se retrouver et à mieux faire leur travail de deuil. Les faits montrent néanmoins que l’aide de personnes bienveillantes est toujours précieuse dès qu’il s’agit de deuil.

Aussi, si vous deviez traverser la grande épreuve du deuil, demandez l’aide d’une association, d’un travailleur social ou d’un ami de confiance. L’intervention d’un psychologue est la bienvenue dans certaines circonstances. L’essentiel, c’est de trouver une oreille attentive, prête à écouter, sans vous juger ni vous fournir des conseils de vie clichés. C’est seulement ainsi que vous réussirez à accepter la perte et à renouer avec la vie, qu’importe le temps que cela prendra.

Cet article a été publié dans la rubrique Faire face au deuil :

 

Image : Shutterstock