Carnet

Philippe Honoré

Philippe Honoré 25 novembre 1941 - 7 janvier 2015
01/10/2015
Il était parmi les cinq dessinateurs assassinés dans les locaux de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier. Sans nul doute, car il était d'abord un illustrateur virtuose, qui dénonçait l'emprise de la religion ou la politique d'austérité, qui s'exprimait plus avec le graphisme qu’avec les mots pour croquer un portrait ou encore qui alertait sur l'écologie.
 
Et pourtant, Philippe Honoré, décédé à l’âge de 73 ans, était une icône du journal Charlie Hebdo, où il publiait chaque semaine deux à trois dessins. Mais il était plus que ça, « Honoré était un dessinateur extrêmement doux. Un être très solitaire, un calme et quelqu'un de très fidèle. C'était un discret, et c'est sans doute pour cela qu'il apparaît moins sur le devant de la scène que des stars comme Wolinski ou Cabu, Tignous ou Charb » a confié un de ses amis proches.
 
Né à Vichy le 25 novembre 1941, Honoré entame sa carrière dans la presse dès l'âge de 16 ans, en signant pour Sud-Ouest. Il développe par la suite, un style très reconnaissable et propre à lui en privilégiant les hachures, le noir et blanc, les ambiances sombres, qui rappellent parfois les gravures sur bois. Tout au long de sa carrière, plus particulièrement dans le dessin de presse, il a collaboré avec des dizaines de titres. Il s’est également illustré avec de nombreux ouvrages et a réalisé des couvertures de livres, tel que la collection des « Petits Classiques Larousse ».
 
Il ne rejoint l’équipe de Charlie Hebdo qu’en 1992, et travaille ensuite sans discontinuer pour l’hebdomadaire, dessinant également entre autres dans « Lire » et « Les Inrockuptibles ». Dans Lire, il a publié des rébus littéraires, dont quelques-uns ont été publiés en recueils chez Arléa.
 
Collaborateur de plusieurs journaux et magazines dont Le Monde, Le Magazine littéraire, Lire, Libération, La Vie ouvrière ou encore de Hara-Kiri, cet artiste de la vieille école aimait les amis, la fête, et picoler. Il était pourtant du genre à s’en aller, sans dire au revoir, surement par peur de déranger ses hôtes.
 
Honoré était un artiste doublé d'un intellectuel engagé et rigoureux, doté d’une culture encyclopédique. Malgré le désordre noir qui régnait chez lui, le dessin d’Honoré était d'une grande rectitude, reflétant l'image de sa signature très reconnaissable, encadrée dans un carré. « Son trait noir et blanc, qu'on pourrait parfois penser au pochoir, ne laissait aucune fantaisie à l'interprétation, contrairement à certains dessinateurs se laissant aller à l'à-peu-près. La mort d'Honoré est une grande perte. Il manquera c'est sûr… » conclut un de ses amis.
 
« C'était un homme délicat, très posé, d'une intégrité assez rare, dans la lignée d'anciens tels que Cavanna ou Gébé », confie encore un de ses amis.

Livre d'Or

Philippe MORIN vendredi 16 janvier 2015
Madame, Monsieur, bonjour. Je vous remercie de bien vouloir me permettre de présenter mes condoléances, et souhaiter à la famille de Philippe Honoré de parvenir à surmonter cette terrible épreuve. Je suis extrêmement bouleversé. Résident français de l'Etranger, je n'ai pu me rendre au Père Lachaise. J'avais eu l'occasion de rencontrer ce grand artiste, quelques fois, aux vernissages d'une galerie parisienne spécialisée en dessins d'humour, ainsi qu'autour d'un, ou, pour être tout à fait franc, de plusieurs verres, dans un bar à vin parisien de qualité et bonne renommée, fréquenté par beaucoup de ses confrères dessinateurs d'humour tous styles confondus. Un soir, nous avions parlé des diverses techniques d'art de la gravure. De la xylographie, de l'eau-forte, en passant par la lithographie. Ces quelques rares et précieux échanges étaient toujours teintés de délicatesse mêlée d'un grande érudition. Philippe Honoré, demeurera éternellement non seulement dans nos coeurs et esprits, mais sans nul doute, au Panthéon - peut-être ne serait-il pas d'avis que j'ose utiliser ce mot eu égard à sa légendaire modestie, qu'il veuille bien m'en pardonner - au Panthéon, disais-je, des plus grands artistes caricaturistes de toujours. Je termine mon modeste hommage par cet aphorisme : "On ne meurt pas, c'est le monde qui nous quitte" Edvard Munch. 16 Janvier 2015, Philippe Morin, peintre & graveur

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