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Giulio ANDREOTTI

Giulio ANDREOTTI    - 6 mai 2013
01/10/2015

Au paradis ou en enfer ?

Giulio Andreotti s'est éteint à 94 ans, il avait eu ces derniers temps des ennuis de santé et a dû être hospitalisé pendant plusieurs jours pour une arythmie cardiaque, a annoncé le quotidien national Le Monde.

Mais même les légendes meurent...

Migraineux chronique et d'apparence fragile, Giulio Andreotti n'en a pas moins connu un parcours exceptionnel :
⦁ 7 fois président du Conseil à une époque où l'espérance de vie des gouvernements italiens n'excédait pas l'année ...
⦁ Ministre à 22 reprises (de l'Intérieur, des Finances, du Trésor, de la Défense, de l'Industrie, des Affaires étrangères...).

Une longévité et une capacité à rebondir qui lui ont valu son surnom le plus célèbre : "l'inoxydable". Catholique pratiquant allant à la messe tous les matins, il restera toujours proche du Vatican (il fréquenta sept papes !) en commençant sa carrière dans les rangs de la Démocratie chrétienne.

⦁ « Tandis qu’Alcide De Gasperi (fondateur du parti) parlait avec Dieu, Andreotti parlait avec les curés » qui ont l’avantage de voter. » ... écrivait le journaliste italien Indro Montanelli.
⦁ « Andreotti, c'est 2 000 ans de Vatican. Il est à la fois le Christ, les Borgia et l'Inquisition », avait dit de lui son adversaire politique Rino Formica.

Mauvaises fréquentations.

Il était, dit-on, l'homme des services secrets américains qui refusaient le "compromis historique" avec les communistes. Sa carrière politique est émaillée de scandales et de sang. Il est accusé d'avoir trempé dans la P2 (Loge maçonnique dévoyée autrement dit la Mafia...) qui avait infiltré tous les rouages de l'État, dans les assassinats des banquiers Michele Sindona et Roberto Calvi, ou dans la tentative de coup d'État du prince fasciste : Junio Valerio Borghese.

L'Italie pleure pourtant l'homme d'État disparu.

Malgré ses innombrables casseroles, Giulio Andreotti fut entre autres un remarquable ministre des Affaires étrangères, et son sens du compromis reste légendaire. Son style de vie ascétique tranchait avec les frasques vulgaires de Silvio Berlusconi. Très religieux, extrêmement courtois et d'une exactitude proverbiale, Giulio Andreotti a affronté dignement ses procès... Ses aphorismes sont devenus des classiques du langage politique à l'italienne: 

⦁ "Le pouvoir n'use que ceux qui ne l'ont plus."
⦁ "Dire du mal est un péché, mais on a souvent raison."

Andreotti emporte dans la tombe beaucoup de secrets de l’Italie de la Guerre froide et des Années de plomb, notamment sur les liens avec le Vatican et la Mafia. Ses imposantes archives, ouvertes seulement à des chercheurs sur autorisation, sont attendues mais aussi craintes...
« Dieu m'a permis de jouer les prolongations » déclarait-il deux ans avant sa mort. Jusqu'au dernier instant de sa vie, il ne s'est jamais départi de son ironie glaciale, interrogé sur la mort, il rétorquait : « Le paradis peut attendre »...

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