Carnet

Robert Franck

Robert Franck 9 novembre 1924 - 9 septembre 2019
12/09/2019

Un voile gris d’une infinie tristesse

Clic, Claque, après le photographe de mode Peter Lindbergh, connu pour ses clichés en noir et blanc de stars et de mannequins, un autre maitre du noir et blanc Robert Frank s’est éteint à Inverness (province canadienne de Nouvelle-Écosse). C’est vraiment négatif ... Ce monument de la photographie américaine avait notamment marqué les esprits avec son ouvrage « Les Américains », paru en 1958.

Il était l’un des photographes les plus influents du XXe siècle.

Ce « vagabond de l’image » était devenu une légende depuis la publication de The Americans, série historique en noir et blanc sur les États-Unis des années 1950 et la face cachée du rêve américain. Robert Frank, prend la route en 1953 et traverse les États-Unis, grâce à une bourse de la Fondation Guggenheim. Il dresse le portrait de l’Amérique. Paru pour la première fois en 1958, le livre Américains vient d’être réédité (éditions Delpire) dans une édition revue et corrigée par Robert Frank lui-même.

Le mythe du rêve américain était bouleversé…

Triste, pervers et subversif : C’est ainsi qu’a été reçu le livre à sa parution. Robert Frank avait dressé le portrait de l’Amérique dans toute sa réalité amère. L’ouvrage se compose de photographies prises à la volée, parfois floues, et souvent décentrées. 60 ans après sa sortie, Les Américains demeure une œuvre devenue culte… L’auteur de « sur la route » Jack Kerouac (Jean-Louis Kérouac) écrivain et poète (né d'une famille de Canadiens français) et moteur de la « Beat Generation », révèle l’atmosphère du livre dans sa préface :

⦁ « Vous regardez ces photos, et à la fin vous ne savez plus du tout quel est le plus triste des deux, un jukebox ou un cercueil »
⦁ « Cette impression démente en Amérique quand le soleil brûle les rues et que la musique sort du juke box ou d’un enterrement tout proche ».

Textes et images illustrent l’errance d’une société convulsée entre le puritanisme et l’obscénité, la pauvreté et les excès.
Comme le relate le Figaro, Il photographie les ouvriers des usines Ford de Detroit lorsqu’en novembre 1955, il est arrêté sur la route US65 par la police de l’État de l’Arkansas, trouvant suspect cet individu vêtu de manière négligée et qui a besoin d’une bonne coupe de cheveux et de se raser, sans parler d’un bain…. Trois jours de prison sans autre forme de jugement pour ce « Juif » soupçonné d’être un « Rouge », raconte Magali Jauffret dans L’Humanité en 2004. « Je ne travaille pas avec l’intellect, mais avec l’émotion » disait le photographe du spleen américain. En 1994, Robert Franck accordait une interview au Monde :

« Je sais qu’après ma mort une foule de gens sortiront de leur terrier et viendront voir ma femme, en disant : ‘’On vous donne 10 000 dollars. En échange, on va éditer des cartes postales, des affiches, des posters, etc…’’. Je ne veux pas que ça m’arrive. Je ne veux pas que l’on commercialise mon œuvre ».
Il donne ses négatifs à la National Gallery en 1990 (avec un contrat très précis et contraignant). Il a voulu ainsi couper court à toute « extension » de son œuvre.
En 2018, pour les 60 ans de l’ouvrage, Frank était mis à l’honneur des Rencontres photographiques d’Arles.

 

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