Carnet

Alain Rey

Alain Rey 30 août 1928 - 28 octobre 2020
28/10/2020

Le petit Robert est en deuil.

« Linguiste et lexicographe, il était l’un des créateurs des dictionnaires Le Robert. » C’est par ces mots que titre La Voix du Nord après avoir annoncé la disparition de cet amoureux de la langue Française a débuté son hommage. Son épouse et les éditions Le Robert avaient fait part du décès à Paris dans la nuit du mardi 27 au mercredi 28 octobre d’Alain Rey. Il avait 92 ans.

Son père est polytechnicien issu d’une famille catholique, Alain voit la lumière pour la première fois à Pont du château (où la bibliothèque porte son nom depuis 2007) le 30 août 1928 et prononcera sa première lettre un peu plus tard, surement un A comme Abracadabrantesque, mot qu’il expliquait comme personne...
Après des études de science politique, de lettres et d'histoire de l'art à la Sorbonne, il entre à école d’officiers de Cherchell puis fait son service militaire dans les tirailleurs tunisiens.

Ils se marièrent et eurent un petit Robert ...

De retour en France, il répond en 1952 à une petite annonce de Paul Robert qui cherche des linguistes pour faire un dictionnaire. Alain Rey devient son premier collaborateur pour le Dictionnaire « alphabétique et analogique » de la langue française. Durant cette période, il rencontre Josette Debove, qui travaille dans la même équipe, ils se marient en 1954.

Dix ans plus tard naissance, non pas de leur enfant, mais d’un « Grand Robert » en six volumes puis en neuf, en 1967 édition du Petit Robert, avant beaucoup d'autres déclinaisons...

Alain Rey a publié, outre les dictionnaires Le Robert (des ouvrages collectifs, soulignait-il), une trentaine de livres sur le langage, il était plus proche du truculent Rabelais (1494-1553) que du classique Malherbe (1555-1628), obsédé par la pureté de la langue. Parmi ses ouvrages, figurent :

⦁ "Dictionnaire amoureux des dictionnaires"
⦁ "Le Français, une langue qui défie les siècles"
⦁ "Dictionnaire amoureux du Diable"
⦁ Des biographies de Littré et Furetière, des essais sur le théâtre et la BD...

Rey a dépoussiéré la lexicographie, donnant vie et couleurs aux mots et considérant ses "dicos" comme des observatoires, il s'intéressait aux langues régionales, à l'argot ...et non des conservatoires de la langue française (lequel revient uniquement aux "Immortels"), contre l'Académie française, il défendait la féminisation des noms de métier. Maurice Druon, ancien secrétaire perpétuel de l'institution, lui reprochait de "ramasser les mots dans le ruisseau".


Un érudit et un aventurier du vocabulaire, volontiers facétieux.

⦁ « Sans le rap, la langue serait momifiée » déclarait-il au Parisien en 2016, et de préciser qu’une langue est vivante quand elle comporte des éléments créatifs. Aux côtés du duo de rappeurs Bigflo et Oli, il avait réussi à leur faire inclure dans leur slam les mots : Chibouk, épectase et cuculle.
⦁ #AlainRey : au sujet du mot Hashtag : « ...le « hash » de l’anglais vient du verbe français « hacher », mot arrivé par les barons normands en Angleterre. Finalement on croit avoir un anglicisme de plus, mais il est fondé sur un mot français d’origine germanique... 

Des linguistes Bernard Cerquiglini ou Jean Pruvost à Squeezie avec qui Alain Rey avait ...slamé, la disparition du père du Petit Robert bouleverse le monde de l’édition et tous les amoureux de la langue française.
Historien, amateur d’art et de gastronomie, chroniqueur à la radio, de 1993 à 2006, les auditeurs de France Inter avaient pris l’habitude de le retrouver chaque matin dans « Le Mot de la fin », d’ailleurs la moindre des choses c’est de lui laisser : « La langue française est notre bien commun, notre maison, il suffit de la mieux connaître pour l’aimer. »

 

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