Carnet

Pierre Cardin

Pierre Cardin 2 juillet 1922 - 29 décembre 2020
11/01/2021

Le visionnaire de la mode.

Le dernier monument de la couture française, mécène et businessman hors norme, Pierre Cardin vient de disparaître à l'âge de 98 ans à l'hôpital américain de Neuilly-sur-Seine a annoncé sa famille. Les hommages sont innombrables.

Nous ne célèbrerons donc pas les 100 ans du couturier aussi connu dans le monde que les Beatles dont il avait inventé le costume noir à col Mao de leurs débuts. Né le 2 juillet 1922 à Sant’Andrea di Barbarana en Vénétie (Italie) de parents cultivateurs, Pietro Costante Cardini grandit en France où sa famille avait fui le fascisme.

Il avait notamment participé avec André Courrèges et Paco Rabanne au renouveau de la haute couture dans la France d’après-guerre.
Dernier-né d’une famille de sept enfants, il avait débuté à 14 ans chez un tailleur de Saint-Etienne avant d’entrer, en 1944 à Paris, dans la célèbre maison Paquin où il dessinera les costumes et les masques du film La Belle et la Bête (1946), de Jean Cocteau.

Souvent le premier :

⦁ En 1947, Pierre Cardin est le premier employé de Christian Dior, qui vient d’ouvrir sa maison de couture, à Paris
⦁ Il fonde sa propre maison en 1950.
⦁ Il est le premier styliste à lancer, en 1960, une collection de vêtements masculins : une grande première qu’il fait présenter par 250 étudiants recrutés à la sortie des universités parisiennes
⦁ Pierre Cardin a été le premier couturier à oser proposer, en 1962, des pièces de sa collection à un grand magasin parisien, Le Printemps.

« J’appartiens à l’époque des zazous, des hippies, de Saint-Germain-des-Prés, du temps de Beauvoir, de Sartre et de Gréco. Je suis un dinosaure, et pourtant, le plus ancien couturier aux commandes de sa maison », se félicitait-il en 2004 et de poursuivre : « J’ai toujours eu la tête dans le futur ; j’ai toujours créé pour les jeunes gens ».

Le Monde nous rapporte une anecdote sur une voyante à Vichy qui avait prédit au « sale Macaroni » (comme l’appelaient certains de ses camarades d’école) une réussite exceptionnelle ! : « Je vois partout votre nom dans le monde. Jusqu’à Sydney », avait-elle annoncé à l’adolescent qui, s’était rendu dès 1957 au Japon, alors en pleine reconstruction, et avait organisé des défilés en Chine dès 1979 et en 1981, il installe un showroom à Pékin. En 1987, Cardin inaugurera une boutique à Moscou (normal avec ses initiales PC...)


L'une des forces du couturier, c'est aussi la diversification.

Son sceau « PC » bourgeonne sur des serviettes de toilette, des paquets de cigarettes, des boîtes de sardines, des cravates, des plaquettes de chocolat, des meubles... Ce créatif doté du sens des affaires pouvait apposer son nom sur les objets les plus triviaux ou improbables... Pierre Cardin accorde des licences à des industriels qui fabriquent les objets localement. « J’avais quand même plus de 450 licences internationales » se targue-t-il un soir au journaliste de Vanityfair chez Maxim’s (dont il est propriétaire).

Suprême consécration, il fut le premier (encore) couturier à entrer à l’Académie des beaux-arts, faisant reconnaître la mode comme un art à part entière. En atteste aujourd’hui son épée d’académicien qu’il a lui-même créée et sur laquelle sont gravés les symboles de sa réussite.

Bien qu'il ait épousé l'actrice française Jeanne Moreau (qui avait porté ses créations dans les films de Truffaut), son grand amour semble avoir été son bras droit André Oliver, mais c'est avant tout le travail qui a été son premier amant. Et puis le théâtre, parce qu'il avouera avoir toujours voulu jouer... Le rideau qu’il aurait certainement stylisé s’est refermé sur le dernier empereur de la mode.

 

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